23 | 02 | 2012

Physiopathologie respiratoire en plongée

Présentation des différentes contraintes en physiopathologie respiratoire en milieu subaquatique, tels que problèmes lié à la perméabilité des voies aériennes ou liés à l'augmentation des résistances, liés à la fragilisation de la plèvre, liés à un défaut de vascularisation, liés à la position du plongeurou encore à l'insuflation d'air sec et froid.

 

Perméabilité des voies aériennes supérieures

La capacité pulmonaire d'un plongeur respirant de l'air sous une pression supérieure à la pression atmosphérique est pratiquement la même qu'en surface, mais la masse de gaz contenue dans les poumons augmente avec la pression. La totalité des volumes des voies aériennes supérieures doit être à la même pression ambiante. Que ce soit à la compression mais aussi et surtout à la décompression, une différence de pression entre deux espaces non communicants peut entraîner une distension et une rupture de leur paroi. Lors de la remontée, les gaz pulmonaires se détendent et augmentent de volume. L'excès de gaz est évacué par l'expiration. Si l'expiration est gênée par l'apparition d'une obstruction, surtout si la remontée est trop rapide, ue surpression pulmonaire peut survenir.


L'obstruction bronchique peut être :

 

  • une dysperméabilité bronchique transitoire à type de bronchospasme seul ou associé à une congestion muqueuse et un oedème largement favorisé par les effets de l'immersion;
  • une rupture d'une bulle d'emphysème avec bronche à clapet.
Il a été démontré chez le chien qu'une différence de pression de 8 - 9.3 kPa entre les pressions intra-trachéales et intra-pleurale suffisait à créer une déchirure pulmonaire. Respiration bloquée en plongée, cela correspond à une remontée de 2 mètres à la surface. Chez l'homme sain, la limite de résistance du poumon est de l'ordre de 350 hPa.

Les déchirures pulmonaires peuvent intéresser la paroi alvéolaire, la plèvre ou les bronches. Du gaz sous pression peut être ainsi injecté dans la circulation pulmonaire, la plèvre ou le médiastin entraînant ainsi une embolie gazeuse le plus souvent cérébrale, un pneumothorax, un pneumomédiastin, un pneumopéricarde, un pneumorétropéritoine ou un emphysème sous-cutané de la face et du thorax.

 

 

Fragilisation de la plèvre

Une zone de fragilisation pleurale risque de provoquer un décollement entre les parties viscérale et pariétale et ainsi entraîner la création d'un volume aérique intra-pleural. Cette gragilisation peut être secondaire à un antécédent de pneumothorax ou à une bulle d'emphysème près de la paroi. A la décompression, l'augmentation de volume aggrave le pneumothorax.

 

Défaut de vascularisation

Des emboles gazeux veineux apparus en trop grand nombre lors de la décompression peuvent migrer dans la circulation systémique su leur débit est supérieur à la capacité d'élimination alvéolo-capillaire. Les bulles encombrent les capillaires artériels pulmonaires, provoquent une hypertension artérielle pulmonaire qui favorise l'ouverture des shunts artério-veineux pulmonaires.

De la même manière, les hypertension artérielles pulmonaires primitives ou secondaires ainsi que les shunts pulmonaires droit-gauche préexistants (zones perfusées mais non ventilées) favorisent les accidents de décompression.

 

Augmentation des résistances

Un défaut d'adaptation pulmonaire à l'augmentation de consommation d'oxygène sera majoré par les résistances bronchiques augmentées par l'élévation de densité des mélanges respirés. Cette augmentation des résistances est bien supporté par le sujet sain, mais pourrait être néfaste à un plongeur ayant des résistances supérieures à la normale à l'état basal.

L'utilisation du détendeur permet de respirer l'air comprimé dans le scaphandre à la pression ambiante, elle-même fonction de la profondeur, ce qui compense l'augmentation de la pression périthoracique. Il existe de ce fait une résistance inspiratoire ou expiratoire, de l'ordre d'un à plusieurs cm H2O, fonction du matériel et du réglage du détendeur.

L'imprévu survient souvent en plongée (courant, sauvetage, problème matériel, mauvaise orientation...), deplus les efforts ventilatoires sont majorés en immersion. Des débits de ventilation critiques peuvent être atteints etn entraîner un risque de fatigue ventilatoire et de dyspnée, lors d'efforts importants, soutenus à de hautes pressions. Si l'effort est continué, la profondeur maintenue, cet essoufflement à type de polypnée superfcielle s'auto-entretient, s'aggrave et peut conduire à une syncope à l'emporte-pièce par hypoxie alvéolaire.

 

Position du plongeur

Le rôle de la position - tête haute ou tête basse - joue un rôle non négligeable. La pression hydrostatique varie en fonction de la position du plongeur et cette différence peut atteindre 30 cm H2O entre la bouche et le thorax, avec pour conséquences une inspiration laborieuse en position "tête haute" et une expiration laborieuse associée à une tendance à l'augmentation des volumes gazeux en position "tête basse".

Actuellement, le deuxième étage des détandeurs se trouve en bouche. En position ventrale, il est légèrement plus bas de le poumon, donc à une pression légèrement supérieure. Cette respiration en pression positive favorise l'inspiration sans gêner l'expiration car elle se fait au niveau de la bouche.

 

Air froid et sec

L'air provenant d'une bouteille d'air comprimé esr sec et refroidit quand il se détend. Or on sait que l'hyperventilation (lors d'un effort important) d'air sec et froid provoque un bronchospasme réflexe et une hyper-réactivité bronchique par la mise en jeu des thermorécepteurs au froid du larynx et de la trachée cervicale. S'y associe une hypersécrétion bronchique répondant au même réflexe vagal.

Le mécanisme primaire responsable du bronchospasme lors d'un effort semble être une élévation de l'osmolarité et une hyperhémie micro-circulatoire secondaire à l'augmentation de l'évaporation au niveau du mucus.

 

Références :

  • Traité de médecine hyperbare, Wattel F, Ellipses, 2002;

  • Explorations fonctionnelles respiratoires et plongée professionnelle et sportive, Mémoir pour le DIU de médecine hyperbare et subaquatique, 2002, 19-22;

  • Asthme et pratique de la plongée sous-marine : contre-indication absolue pour quels asthmes ?, Coëtmeur D & all, Rev Mal Respir, 18:381-6, 2001;

  • L'hyperréactivité bronchique, une cause sous-estimée de pneumothorax spontané, Desmazes-Dufeu N & all, Rev Mal Respir, 18:1S150, 2001;

  • Des bulles qui ne doivent plus plonger !, Jego C & all, Rev Mal Respir, 20:144-5, 2003;

  • Physiologie et médecine de la plongée, Broussole B, Ellipses, 121-54, 1992;

  • Asthme et plongée : suivi, Rev Mal Respir, 20:144-5, 2003;

  • Expert panel reports 2, Guidelindes for the diagnosis and management of asthma, Bethesda, NIH publication, 97-4051, 1997;

  • Asthme : plonger ou ne pas plonger ?, Regnard J, Rev Mal Respir, 18:375-7, 2001;

  • Astme et plongée : avant propos, Similowsky T, Rev Mal Respir, 18:374, 2001;

  • A review of asthma ans scuba diving, Tetzlaff K & all, J. Asthma, 39, 7:557-6, 2002.

Barotraumatismes à la descente

 

Lors de la descente, ou de la mise sous pression, un certain nombre de barotraumastismes peuvent survenir. Ceux-ci sont listés ici.
 

 

  Cause Effet
Oreille externe - bouchon - otite barotraumatique
Oreille moyenne - trompe d’Eustache peu perméable - vertige alternobarique
- otite barotraumatique
Sinus - orifice obstrué - douleur
- congestion
- saignement
Dents - caries
- plombages défectueux
- douleur
- implosion
- infection secondaire
Face - plaquage du masque - congestion oculaire et nasale
- saignement

 

Réf. : L'oxygénothérapie hyperbare, approche globale de la technique, Mémoire pour l'obtention du diplôme d'Infirmier Généraliste, GONIN Xavier, 1996.

 

Barotraumatismes à la remontée

 

Lors de la remontée, ou de la diminution de la pression, là aussi un certain nombre de traumatismes peuvent survenir. La liste est ci-dessous.
 

 

  Cause Effet
Oreille moyenne - dysperméabilité (surpression résiduelle) - vertige alternobarique
Sinus - bouchon
- drainage bloqué
- douleur aiguë
- sinusite
Dents - plombage «à clapet» - douleur
- «explosion»
Poumons - blocage expiratoire - surpression pulmonaire
- pneumothorax
Tube digestif - blocage segmentaire des gaz - «colique des scaphandriers»
Divers   - emphysème sous-cutané

 

Réf. : L'oxygénothérapie hyperbare, approche globale de la technique, Mémoire pour l'obtention du diplôme d'Infirmier Généraliste, GONIN Xavier, 1996.

 

Mécanismes physiopathologiques de l'oxygénothérapie hyperbare

Plusieurs mécanismes sont associés à des expositions intermittentes d'O2 sous pression. Seuls ou associés à des procédures médicales ou chirurgicales, ces mécanismes participent tous à faire progresser les conditions de traitements.

Ces mécanismes sont :
  • L'hyperoxygénation : elle permet une venue immédiate d'O2 aux tissus faiblement irrigués par l'apport sanguin. Une pression élevée obtenue dans un caisson hyperbare augmente la concentration plasmatique en oxygène de 10 à 15 fois. Cette augmentation permet aux valeurs artérielles d'augmenter de 1'550 à 2'000 mmHg, ce qui permet d'accroître d'environ 4 fois la diffusion d'O2 à partir des capillaires. Ce mécanisme est une mesure temporaire, ce qui permet de gagner du temps en maintenant les tissus viables, jusqu'à ce que d'autres mesures de correction prennent le relais ;
  • La néovascularisation : elle représente une réponse indirecte et retardée à une exposition d'oxygène hyperbare. La thérapie provoque une division accélérée des fibroblastes, une néoformation de collagène et une angiogenèse de capillaires dans les zones endommagées par des radiations par exemple, ou encore dans les ostéomyélites, les ulcérations chroniques des tissus mous ;
  • L'activité anti-microbienne : cette activité, lors d'hyperoxie, a été démontrée à différents niveaux. Elle cause une inhibition et une inactivation de l'activité des toxines lors d'infection à Clostridia perfringens (gangrène gazeuse). L'hyperoxie augmente la capacité de phagocytose et des lymphocytes Tkiller. Des recherches récentes ont démontrées un prolongement de l'effet de la tobramycin, lors de traitement des infections à Pseudomonas aeruginosa ;
  • La pression directe : elle utilise le concept de la Loi de Boyle, afin de réduire le volume des gaz intravasculaires et/ou des bulles gazeuses. Pendant plus d'un siècle, ce mécanisme a formé la base de l'OHB dans le cadre des maladies de décompression (accidents de plongée p. ex.) et des embolies artérielles gazeuses au niveau cérébral. Communément associée aux plongeurs, l'embolie gazeuse artérielle cérébrale est une conséquence fréquente de la médecine moderne. Elle présente une morbidité et mortalité signifiante, et reste encore mal diagnostiquée ;
  • La vasoconstriction : encore un autre mécanisme découlant de l'O2 sous pression. Cela sans passe sans hypoxie, et aide pour manager les problèmes de compartiment intermédiaire et autres ischémies sévères dans les extrémités blessées, réduit l'oedème interstitiel. Les études en applications sur brûlures ont indiqués une diminution significative des besoins en perfusions lors de thérapie hyperbare, ajouté au traitement habituel des grandes brûlures ;
  • La diminution des préjudices dû à la reperfusion : c'est le mécanisme découvert le plus récemment. La plupart des dommages associés à une reperfusion sont causé par une activation inappropriée des leucocytes. Suite à un intervalle ischémique, les dommages sont dus à deux composantes : une composante irréversible liée directement à l'hypoxie, et une composante indirecte liée à l'activation inappropriée des leucocytes. L'OHB réduit la composante indirecte en prévenant une telle activation. L'effet induit préserve les tissus marginaux qui serait autrement perdus lors d'une reperfusion de ces tissus ischémiés.
Réf. : L'oxygénothérapie hyperbare, approche globale de la technique, Mémoire pour l'obtention du diplôme d'Infirmier Généraliste, GONIN Xavier, 1996.